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Le flagorneur automatique

Par Yves Engetschwiler

Je suis retombé sur un fichier : flagorneur automatique.htm. Daté de décembre 2007, 4 Ko.

C’est un de ces petits machins qui passaient de clé USB en clé USB, ou en pièce jointe d’un e-mail. Personne ne savait vraiment d’où ils venaient. Tout le monde les ouvrait.

Comment ça marchait

On double-cliquait sur le fichier. Une fenêtre demandait : « S’il te plait, tape ton Prénom ». Puis les compliments tombaient, un par un, dans des boîtes d’alerte.

« Bonjour Yves. » OK. « Yves, il faut que tu saches que tu es quelqu’un d’extraordinaire. » OK. « Tu sais Yves, tout le monde t’aime beaucoup. » OK.

Neuf fois de suite. Une boîte alert() bloque la page tant qu’on n’a pas cliqué sur OK. Le compliment était obligatoire.

À la fin, la page annonçait en grand que vous étiez IRREMPLAÇABLE, l’IDOLE de toute une génération et NOTRE RAISON DE VIVRE à tous, en rouge. Suivait une citation de Pär Lagerkvist, tirée du Nain :

L’être humain a besoin d’être flatté, sinon il ne devient pas ce qu’il est destiné à devenir, pas même à ses propres yeux.

Et en bas, la ligne qui faisait tourner la machine : « N’oublie pas de transmettre ces messages de pure flatterie à ceux que tu aimes et apprécies ! » Alors on transmettait.

Sous le capot

Une soixantaine de lignes : du HTML 4 en majuscules, des balises <font> partout et un document.write pour chaque phrase affichée. Mon passage préféré :

for (x=1;x<=1;x++)
{
	document.write("<H2>" + nom + " tu es IRREMPLA&Ccedil;ABLE !!!</H2>")
}

Une boucle qui tourne exactement une fois. Écrite quatre fois de suite.

Le script refusait aussi de flatter quelques prénoms, ceux de personnages historiques peu recommandables. Cette partie-là, je ne l’ai pas gardée.

À votre tour

Je l’ai remis en marche avec les textes d’origine. Les boîtes d’alerte restent sagement dans la page au lieu de bloquer le navigateur, et « Transmettre » prépare un lien au prénom de la personne que vous voulez flatter.

Ce qui a changé

Aujourd’hui, une page qui enchaîne neuf alert() serait vite remise à sa place : les navigateurs proposent de faire taire un site trop bavard, et plus personne ne double-clique sur un .htm reçu par e-mail.

Le principe, lui, n’a pas bougé. Votre prénom en tête d’une newsletter, une notification qui vous félicite pour vos dix mille pas, un bouton « Partagez avec vos amis ». Les outils sont devenus plus discrets. Le flagorneur avait au moins l’honnêteté de s’appeler comme ça.

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